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 Mosquée

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MessageSujet: Mosquée   Sam 20 Déc - 17:00


Mosquée à Abuja. Nigeria

Le mot masdjid (pl. masadjid), mosquée, associe la racine sadjada " se prosterner" au préfixe de lieu m ; il désigne donc avant tout le lieu où le fidèle se prosterne pendant les prières rituelles et ne suppose à première vue rien de plus qu’un espace rituellement pur. Au fil du temps, ce terme est cependant venu recouvrir une réalité d’une complexité grandissante, tant dans ses fonctions que dans son organisation et, surtout, dans ses formes architecturales. Nous présenterons une esquisse de l’évolution de la Mosquée du Vendredi depuis ses origines jusqu’au XVIe siècle, époque où les différents schémas d’organisation spatiale sont formulés de manière définitive. Nous ne parlerons pas ici des aires périphériques du monde islamique ( Indonésie, Malaisie, Chine, Afrique saharienne... ), la plupart des mosquées y sont en effet relativement récentes et déterminées par des civilisations vernaculaires peu marquées par l’islam.

1. La genèse de la mosquée


Le Coran emploie également le terme de masdjid pour des sanctuaires préislamiques, et, pour Mahomet, le masdjid principal reste celui – préislamique – de La Mecque. Le musulman, en principe, n’a pas besoin de sanctuaire pour accomplir les rites de sa religion. Selon un hadith (ensemble des propos attribués au Prophète), la terre entière est le masdjid d’Allah (par opposition aux juifs et aux chrétiens qui auraient besoin de synagogues et d’églises), et un autre dit : « Là où t’atteint l’heure de la prière, tu dois l’exécuter et cela est un masdjid. » D’ailleurs, la première communauté islamique à La Mecque n’avait pas d’endroit particulier pour accomplir la prière en commun. Il n’est donc pas étonnant que le Coran ne contienne aucune précision en ce qui concerne la forme que doivent avoir les masajdid islamiques.

Toutefois, l’attachement du Prophète aux traditions mecquoises, toutes centrées sur un sanctuaire, et la nécessité d’un espace pour le service religieux communautaire aboutissent à la création d’édifices spécifiques. L’Arabie préislamique avait connu, à côté de temples, de synagogues et d’églises, des espaces en plein air, entourés d’une enceinte, en général situés en dehors des villes, et qui servaient aux assemblées de croyants lors des fêtes religieuses. La tradition du musalla (de salat, prière) est reprise par les premiers musulmans et fait partie des éléments qui déterminent la configuration des premières mosquées communautaires.

Dès le VIIe siècle, une distinction s’établit entre le simple masdjid – oratoire privé – et le masdjid djami‘ (de djama‘a, réunir, rassembler) – la mosquée qui réunit la communauté entière (ou tout du moins la partie masculine de celle-ci) pour le service religieux du vendredi midi, qui comprend un prône (khutba), à teneur souvent politique, et dont la prière se termine par une invocation de la grâce divine sur le souverain régnant. La proclamation du nom de ce dernier, dans la principale prière communautaire de la semaine, est l’un des symboles du pouvoir les plus importants dans l’islam, témoignage éloquent de la fusion insoluble, pour cette civilisation, entre spirituel et temporel. Le masdjid djami‘, que l’on traduit le plus souvent par grande mosquée, mosquée du vendredi, mosquée-cathédrale ou encore mosquée de congrégation, bénéficie donc dès l’époque omeyyade d’une élaboration formelle destinée à manifester le pouvoir du souverain et la prospérité de la communauté. Par ses fonctions et par son aspect, la grande mosquée devient ainsi l’édifice public le plus important de la cité. Parallèlement, le simple masdjid adopte des formes variées, selon qu’il sert d’oratoire de quartier ou de lieu de dévotion seigneurial intégré au palais.

Au Moyen Âge pourtant, l’évolution de l’urbanisme islamique conduit à la constitution de quartiers cloisonnés, dont chacun pouvait avoir sa grande mosquée, le signe distinctif de celle-ci étant le minbar, chaire à prêcher utilisée pour la khutba. Du point de vue fonctionnel, la grande mosquée s’associe dès lors aussi à des édifices de fonctions diverses – mausolée ou medersa – et de cette diversification fonctionnelle résultent une variété et une richesse formelles considérables. Mais petits oratoires et salles de prière monumentales ont un point commun : ils sont tous plus ou moins exactement orientés vers La Mecque, ou plus précisément vers la Ka‘ba, pôle de la prière rituelle. Cette direction, la qibla, donne son nom au mur de fond de toute salle de prière, le mur qibla.

2. Les éléments spécifiques de la mosquée



On insiste en général beaucoup sur l’absence, en islam, de clergé à proprement parler et d’aménagements liturgiques spécifiques de la mosquée. Il n’empêche toutefois qu’un certain nombre d’éléments se sont imposés par l’usage, même s’ils n’étaient pas obligatoires. C’est le cas du minaret pour l’appel à la prière. On trouve souvent, sur le toit des mosquées, des chambres pour les muezzins et, tout autour, des habitations réservées aux ascètes et aux pauvres. La mosquée peut servir elle-même d’abri de nuit pour les voyageurs et les indigents ; on y trouve même parfois des magasins. La cour possède la plupart du temps un bassin et assez souvent un cadran solaire. La salle de prière peut comporter une maqsura (espace séparé) pour le prince et éventuellement d’autres pour les femmes. Ses principaux éléments sont le mihrab (niche décorée dans le mur qibla), le minbar, la dikka (estrade pour le second appel à la prière le vendredi), le kursi (pupitre pour le Coran) ; la salle de prière est ornée en outre de boîtes précieuses contenant les autres Corans de la mosquée, de tapis, de luminaires et de brûle-parfums. L’obligation de faire des ablutions rituelles a souvent conduit à l’installation de salles d’eau à l’extérieur de la mosquée. À l’époque omeyyade, la grande mosquée abritait même le trésor de la communauté. Mais ces divers éléments sont venus progressivement s’implanter dans les édifices de culte, et ne correspondent nullement à des exigences coraniques.

3. La maison du prophète et les premières mosquées



le prophète Mahommed, dès son arrivée à Médine, semble s’être préoccupé de l’aménagement d’une habitation personnelle (en réalité une cour) qui puisse servir en même temps de centre communautaire. Aucun vestige matériel n’a été conservé de cette « maison », et les sources écrites sont loin d’apporter des renseignements clairs quant à sa figuration. Dans sa forme définitive, c’était une cour carrée d’environ « 100 coudées » de côté, dotée du côté sud d’un auvent formé de palmiers dont le feuillage, servant de toiture, était enduit d’argile. Du côté sud-est, à l’extérieur de la cour mais communiquant avec elle, il y avait un ensemble de pièces et de couloirs : les habitations du Prophète et de ses épouses. C’était certainement un aménagement d’une extrême simplicité, sans aucune prétention architecturale, et dépourvu de dispositif cultuel spécifique. L’élément principal était la cour avec son abri au sud ; elle servait à la prière, aux sermons et aux harangues politiques, aux réunions et parfois même aux joutes sportives. C’est là aussi que le Prophète rendait la justice, qu’on exposait le butin de guerre, qu’étaient perçues les délégations (même non islamiques) ; les pauvres y trouvaient également un abri. Le Prophète et deux de ses successeurs furent enterrés dans l’une des habitations contiguës.

Les premières grandes mosquées furent aménagées dans les édifices cultuels des vaincus ou dans les villes-camps nouvelles (par exemple, Bassora, Kufa, Fustat, Kairouan ) installées sur des terres vierges. Par leur simplicité et leur fonctionnalité austère, ces mosquées étaient certainement proches de la maison du Prophète, mais il ne paraît pas y avoir eu imitation délibérée d’un modèle sacré. C’étaient de vastes cours, avec un abri le long de la qibla, et des portiques peu profonds sur les trois autres côtés. On a dit de ces mosquées qu’elles constituaient le « type arabe », mais ces édifices hypostyles à cour, sans aucune différenciation intérieure, n’ont rien de spécifiquement arabe. Leur reconstruction au début de la dynastie omeyyade n’a pas vraiment changé leur conception architecturale initiale.

4. La mosquée basilicale




‘Abd al-Malik (685-705) et surtout al-Walid Ier (705-715) furent de grands constructeurs. Le centre du pouvoir ayant été transféré de Médine à Damas, les aspirations architecturales et artistiques des seigneurs omeyyades furent fortement marquées par les monuments du Proche-Orient classique et byzantin. L’influence de ces édifices prestigieux dépasse de loin le simple remploi d’éléments isolés – bases, fûts et chapiteaux, plaques, etc. On construisait selon des schémas élaborés par les civilisations locales préislamiques en les adaptant aux besoins nouveaux. La mosquée des Omeyyades à Damas , la mosquée al-Aqsa à Jérusalem, la reconstruction de la mosquée de Médine et d’autres encore témoignent, chacune à sa manière, de cette nouvelle esthétique. Ces édifices, tous hypostyles et pourvus pour la plupart d’une vaste cour entourée de portiques, possèdent un élément nouveau, le mihrab ; il est mis en valeur par une nef centrale qui crée un axe principal partant de l’entrée jusqu’à lui. Le mihrab, dont l’origine formelle est l’abside des édifices basilicaux antiques, sert à mettre en valeur le mur qibla et, partant, l’espace où se tient le chef de la communauté. Un chemin considérable a été parcouru entre les salles de prière aux supports équidistants des premiers temps de la conquête et ces édifices basilicaux qui introduisent une hiérarchisation immédiatement perceptible de l’espace. Peu importe que les nefs soient toutes orientées vers la qibla, comme dans la mosquée al-Aqsa à Jérusalem, ou que les nefs communes, parallèles au mur qibla, soient coupées à angle droit par une large nef centrale (et donc parallèles au mur qibla) comme c’est le cas dans la mosquée des Omeyyades à Damas. Selon Jean Sauvaget, la grande mosquée était, à l’époque omeyyade, « une sorte d’annexe publique du palais », et ce n’est donc pas la liturgie, mais bien le cérémonial aulique qui a conduit à adopter et à élaborer le schéma basilical. En tout cas, au-delà même de l’intérêt fonctionnel, les traditions de l’architecture préislamique locale – syro-palestinienne – ont été déterminantes pour la grande mosquée du centre de l’empire omeyyade qui exportait ses modèles jusque dans les provinces lointaines où, à leur tour, ils furent confrontés à des traditions architecturales locales qui les assimilèrent plus ou moins.

La prise du pouvoir par les Abbassides (750) et le transfert de la capitale en Iraq n’entraînent pas une modification en profondeur du schéma architectural de la grande mosquée. Certes, en Iraq on construit surtout en briques et non plus en pierre de taille, et les dimensions augmentent, mais le mihrab reste toujours le point de convergence, et la nef centrale sert toujours à le mettre en valeur. La nouveauté la plus marquante est l’apparition du minaret (de manar, manara, lieu de lumière, tour de signalisation), cette tour d’où retentit l’appel à la prière. On connaît mal encore sa genèse ; il ne semble pas avoir existé avant les Abbassides, et les minarets coniques à rampe hélicoïdale de Samarra , la ville royale abbasside du IXe siècle, sont parmi les premiers exemples conservés. La mosquée d’Ibn Tulun, au Caire, reprend le modèle de la grande mosquée de Samarra et a peut-être possédé, à l’origine, un minaret du même type. D’autres minarets contemporains, en al-Andalus et en Ifriqiya, sont des tours massives sur base carrée.

Au IXe siècle, l’organisation hiérarchique de la salle de prière s’affine selon un véritable dispositif en T : la nef centrale, plus large et plus haute que les nefs communes, aboutit, au fond de la salle, à une nef de forme comparable, perpendiculaire, qui longe le mur qibla. La travée de pénétration se situe devant le mihrab et reçoit une petite coupole. La mosquée omeyyade de Médine annonçait déjà ce dispositif, mais il se trouve pour la première fois clairement affirmé dans la mosquée de Sidi ‘Oqba à Kairouan (vers 836), c’est-à-dire dans une mosquée provinciale abbasside.

Dans les provinces orientales, on utilise les schémas importés du centre de l’Empire, adaptés aux matériaux et aux techniques, voire aux styles artistiques locaux. La brique, souvent en pose décorative, les revêtements de stuc sculpté et peint, l’importance des voûtes, la lourdeur des supports sont des caractéristiques de ces grandes mosquées. Deux mosquées, l’une près de Boukhara, l’autre à Balkh, donnent une importance accrue à la coupole ; dans celles de Niriz et de Nayin , l’iwan occupe la place de la nef centrale. L’iwan (une vaste niche), la coupole et, surtout, l’association de ces deux éléments sont des thèmes de l’architecture palatiale sassanide qui réapparaissent dans les palais de Bagdad dès le VIIIe siècle, avant d’être intégrés dans l’architecture des mosquées. Mais au Xe siècle, c’est le monument commémoratif qui semble avoir suscité surtout les recherches formelles, plutôt que la mosquée.



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MessageSujet: Re: Mosquée   Sam 20 Déc - 17:02

5. La mosquée à maqsura monumentale, à iwans et à minaret cylindrique



L’arrivée au pouvoir des Saldjoukides, au XIe siècle, apporte un souffle nouveau à l’architecture religieuse. La puissance et la politique architecturale des Saldjoukides assurent une propagation large, rapide et durable à la coupole et à l’iwan, qui avaient fait leur apparition auparavant dans quelques mosquées orientales du Xe siècle. La nouvelle grande mosquée saldjoukide, qui deviendra le prototype de la mosquée iranienne, se caractérise par une maqsura monumentale, pavillon à coupole situé en avant du mihrab ; cette coupole est de dimensions beaucoup plus importantes que celles de la travée devant mihrab de la mosquée basilicale ancienne. L’exemple le plus prestigieux – il est loin d’être unique – est offert par la grande mosquée d’Ispahan. En outre, quatre iwans en position axiale ornent la cour, celui en direction de La Mecque formant en quelque sorte une entrée monumentale pour la maqsura. Le thème de l’iwan devient au même moment déterminant pour l’organisation des portails qui s’ornent de façades somptueuses.

Le minaret de plan circulaire, lui aussi antérieur aux nouveaux maîtres, leur doit cependant son élaboration et sa diffusion. Les successeurs des Saldjoukides multiplient les minarets qui flanquent dorénavant certains iwans et qui vont s’implanter aux points jugés importants des édifices. Ce modèle de grande mosquée se répand dans toute la zone d’influence culturelle turco-persane, donc aussi bien en Anatolie orientale qu’au Pendjab. Toutefois, ce schéma n’évoluera plus que pour quelques détails en Asie centrale et en Inde ; en revanche, le monde du Proche-Orient va connaître des formes nouvelles.

6. Solutions locales




Le monde hispano-maghrébin, d’un conservatisme rigide, reste fidèle à la mosquée hypostyle à cour de type basilical. Certes, les différentes dynasties apportent chacune sa marque distinctive, les matériaux et les techniques évoluent, comme évoluent les décors. Des variations subtiles se précisent dans l’utilisation de modules de base, dans la forme des nervures qui soutiennent les coupoles devant mihrab, dans le tracé des lobes des arcs qui marquent la hiérarchisation de l’édifice. Ces évolutions se limitent cependant à des détails et ne mettent pas en cause le parti général fixé dès le VIIIe siècle.

Le Proche-Orient ayyoubide et surtout mamelouk se trouve à la périphérie de la zone de rayonnement turco-persan, et les grandes mosquées de l’Égypte et de la Syrie assimilent les nouvelles leçons venues de l’Est. Mais elles adoptent néanmoins des solutions spécifiques où l’héritage omeyyade et abbasside, et des apports occidentaux, transmis par les croisades, tiennent une place non négligeable. La maqsura, la cour à quatre iwans, le portail monumental se combinent avec des traditions architecturales antérieures. Le minaret mamelouk est d’une grande originalité : au-dessus d’un socle de plan carré s’élance une superposition de sections polygonales et rondes, et l’ensemble est souvent surmonté d’un couronnement en « encensoir ». Au Caire, des conditions historiques et urbanistiques particulières entraînent la multiplication de grandes mosquées de dimensions restreintes, dont les plans doivent s’adapter à l’espace disponible. Elles connaissent en outre un extraordinaire enrichissement fonctionnel : ces mosquées fusionnent en effet avec des mausolées, des medersas et d’autres édifices à fonction religieuse et philanthropique, et se transforment ainsi en véritables complexes architecturaux. Ce phénomène est certes antérieur aux Mamelouks, mais trouve sous leur règne un épanouissement sans précédant.

Les souverains turcs, et notamment saldjoukides, de l’Anatolie (XIIe-XIIIe s.) sont de grands bâtisseurs. Mosquées à maqsura monumentale et à iwans coexistent avec le modèle plus ancien de la mosquée hypostyle ; parfois la cour disparaît, ou se transforme en salle à coupole ouverte au sommet. Ici encore, les fonctions dorénavant plus complexes aboutissent à des formes architecturales originales. C’est, dans l’histoire de l’architecture, une période d’une richesse foisonnante, d’une créativité admirable, qui défie tout classement, où influences byzantines et islamiques anciennes rencontrent l’esthétique irano-turque plus récente.

7. L’espace unifié : la mosquée à coupole centrale





C’est sur le sol anatolien que s’achève en se précisant l’élaboration du dernier type de grande mosquée. La mosquée à coupole centrale, dominant un espace dorénavant unifié, est le grand acquis de l’architecture ottomane. Si ces recherches culminent au XVIe siècle dans les édifices de l’architecte Sinan, elles remontent cependant plus loin dans le temps, car elles sont annoncées dès le XIVe siècle dans la grande mosquée de Manisa. Au XVe siècle, la mosquée Üç Šerefeli à Edirne prépare directement les prouesses techniques (immenses salles ouvertes d’une coupole) du siècle suivant. Le rôle exemplaire joué dans cette évolution par l’architecture byzantine – tout particulièrement la basilique Sainte-Sophie – est indéniable. Mais c’est à Sinan qu’il revient d’avoir adapté ces modèles aux aspirations plus proprement ottomanes : la prédilection pour la pierre, pour les hauts espaces bien éclairés, pour une stéréotomie quasi cristalline. La Šehzade, la Süleymaniye (Istanbul) et la Selimiye (Edirne) , avec leurs vastes dômes flanqués de minarets élancés, demeurent les chefs-d’œuvre de cette architecture.

Le pouvoir politique ottoman exporte ce type de mosquée dans l’ensemble des provinces de l’empire et, après avoir imposé une formule, il va bloquer toute tentative de renouveau éventuel. L’art de la capitale devenu art d’un empire se sclérosera progressivement.

Sur le plan formel, l’histoire de la grande mosquée est marquée par la présence de la coupole, qu’il fallait intégrer dans une architecture hypostyle, destinée aux rassemblements où les fidèles sont rangés en files parallèles au mur qibla. Au VIIIe siècle, la coupole n’est encore qu’un modeste élément de hiérarchisation de l’espace destiné au chef de la communauté, puis elle s’agrandit et elle s’élève progressivement, cantonnée toujours au rôle de symbole de majesté de l’émir. Dans la mosquée ottomane, la coupole impose une unité à la salle de prière, et conduit donc à une rupture définitive avec le plan hypostyle et ses travées multiples. Du coup, la salle de prière devient un ensemble strictement défini qu’on ne peut plus agrandir en lui ajoutant simplement quelques nefs en cas de besoin. Par ailleurs, les édifices annexes se diversifient et se compliquent jusqu’à la création de vastes complexes rigoureusement ordonnés, dominant la ville du haut de leurs terrasses. C’est une « architecture d’architectes », qui suppose une technicité admirable.

Cette typologie fait intervenir des facteurs chronologiques, mais il ne s’agit pas, loin de là, d’une évolution linéaire et uniforme. Chaque région du monde islamique possède un type de prédilection auquel elle demeure fidèle, souvent jusqu’à nos jours. Les différents types de grande mosquée montrent bien l’un des aspects essentiels de la civilisation islamique : une extraordinaire variété formelle dans une profonde unité spirituelle.

source: Marianne BARRUCAND, Encyclopædia Universalis © 2000

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